Fred Peters est le fils d'un couple de fermiers laitiers installé à Edison, dans le New Jersey. Membre d'une fratrie de 13 rejetons, Fred et trois de ses frères participèrent rapidement à la vie financière de la famille en réparant moteurs et automobiles. Il faut dire qu'on est là au début des années 30 et que la "Grande Dépression" (crise économique mondiale majeure), qui découle du krach boursier américain de 1929, frappe de plein fouet l'économie et les ménages américains.
Quelques temps plus tard, Fred et ses trois frères décidèrent de s'installer à Paterson, une ville de 140.000 habitants, toujours dans le New Jersey. Et ils le firent plus précisément à "Gasoline Alley". Avant la crise, cette rue était bordée de garages et de stations-services, mais toutes firent faillites avec la crise. Mais contrairement au reste du pays, la course automobile prospère dans le New Jersey et c'est ainsi que plusieurs pilotes de l'état s'établirent à Paterson, profitant des garages vides qu'ils pouvaient louer pour une bouchée de pain. Une fois en place à Gasoline Alley, Fred et ses frères reprirent leur activité de réparation d'automobiles mais se lancèrent aussi dans la construction de voitures de courses, des Midgets comme des Big Cars, sans toutefois les conduire. C'est aussi à Gasoline Alley que Fred gagna le sobriquet de "Jiggs", du nom d'un personnage de comics trip et ce dans le but de se distinguer d'un patronyme trop répandu.
La seconde guerre mondiale interrompit les activités familiales et Jiggs fut incorporé dans l'Air Force. Il fut blessé en Italie et en revint avec une plaque en acier dans le talon droit. A son retour du front, il commença à s'initier au pilotage de Midgets et concourrait principalement dans son état du New Jersey où il remporta sa première victoire en 1949 avant d'être sacré champion de l'American Racing Driver's Club deux ans plus tard.
Suite à ce titre, il change de catégorie et se lance en NASCAR. Si en cette saison 1952 il ne voit l'arrivée qu'à une seule reprise (13è pour sa première course à Darlington), ses abandons tardifs lui permettent en effet de terminer 12è du championnat. En effet, aux États-Unis, et de tout temps, les points sont attribués en fonction du classement sans avoir besoin d'avoir effectué une distance minimum. En 1953, il s'essaye au championnat AAA (ancêtre de l'IndyCar) mais ne se qualifie pas lors de son unique tentative à Williams Grove.
L'année suivante, il est embauché par l'ancien pilote Lee Glessner qui possède une Scopa, un modèle unique, mise au point par Joe Scopa. Au volant de sa nouvelle monture, équipée classiquement d'un moteur Offenhauser de 4500 cm3 sur 4 cylindres en ligne, connu des hauts comme des bas. Il commença sa saison de la meilleure manière possible en s'offrant la pole position sur la course des "Springfield 100" avant de conclure la course en cinquième position, dans le même tour que le vainqueur Jimmy Davies. La suite de 1954 fut plus compliquée avec plusieurs abandons et/ou non-qualifications. Signalons tout de même qu'il rajoutera deux Top 10 à son palmarès, à Sacramento puis à Phoenix, lui permettant ainsi de terminer 27è du championnat.
Pour 1955, il continue avec le même partenariat Glassner/Scopa et tente surtout sa chance aux 500 Miles d'Indianapolis, épreuve qui comptait alors pour le championnat du monde de Formule 1 en plus du championnat AAA. Mais avec seulement 33 places disponibles sur la grille pour 53 inscrits, Jiggs Peters ne put aligner un temps suffisant. La légende raconte qu'il zappa même la dernière séance d'essais, préférant s'inscrire sur une course de Midgets où ses chances de bien figurer étaient bien plus grande. Il revient néanmoins sur la Scopa pour les épreuves suivantes du championnat mais sa voiture commence à accuser le poids des ans (le modèle fut conçu en 1949) et sa compétitivité n'est plus à la hauteur des exigences du championnat. Après deux nouvelles non-qualifications, Jiggs décide de se tourner vers d'autres voitures et d'autres écuries. Sur le circuit de Springfield, qu'il semble particulière apprécier, il se classe ainsi 5è au volant d'une Kurtis Kraft 400, marquant ainsi ses seuls points d'une saison qu'il finit 31è.
Lassé de ses résultats peu flatteurs, Peters préféra privilégier sa carrière en Midgets sur les ovales cendrés où il performait beaucoup plus. Il y remporte ainsi ses plus belles victoires : en avril 1958, il remporte le Reading Inaugural Sweepstakes (et 4.500 dollars, soit 47.000$ actuels) en devant le sextuple champion de la côte est, Tommy Hinnershitz, et Van Johnson (recalé la même année à l'Indy 500) ; et en franchissant la ligne d'arrivée en premier lors des 250 miles du Trenton Speedway 1959, empochant par la même occasion une prime de 3.202 dollars (34.000$ de nos jours). Si de 1960 à 1962, il revient tenter sa chance dans le championnat AAA (devenu USAC depuis 1956), c'est là encore sans grand succès, accumulant les non-qualifications et les abandons avec un seul Top 10 à signaler, à Trenton en 1961. C'est cette même année qu'il établit un nouveau record de la piste de Langhorne avec un tour couvert à 98 mph (soit 157,7 kmh), mais une fois de plus, c'est en Midget qu'il réalise cette performance.
S'il ne participe plus dès lors à des courses d'envergures, le démon de la piste ne quitte pas pour autant Jiggs Peters et il continue de courir. Sa dernière victoire aura lieu sur l'ovale de Nazareth où il remporte une course de l'United Racing Club en 1968. Quelques mois plus tard, en 69, il est victime d'un sérieux accident au Befdord Speedway en Pennsylvanie, ce qui met un terme à sa carrière de pilote, à l'âge respectable de 49 ans.
Après cela, Fred "Jiggs" Peters se retire dans son New Jersey natal mais ne quitte pas complètement le monde du sport automobile, officiant comme directeur du Grandview Speedway en Pennsylvanie, à 1h30 de chez lui. Fred s'éteindra le jour de Noël en 1993 et ses cendres seront dispersées, à se demande, sur la piste du Latimore Valley Fairgrounds où ses voitures préférées, les Midgets, continuent de rugir, perpétuant ainsi son héritage et son amour éternel pour la course.
Alex Mondin