Critique : Les Arènes
par Fabien Lemercier
- Avec un premier long mêlant trajectoire initiatique et parfum de film de genre, Camille Perton lève le voile sur les manoeuvres obscures autour des jeunes talents du football professionnel
"Tout est à vendre, au juste prix". Avec l’expansion fulgurante du modèle économique du "trading" dans le monde du football international, la valse des transferts s’est emballée, chaque club misant sur un enrichissement potentiel rapide grâce à l’achat et la revente des jeunes pépites dénichées dans les centres de formation. C’est au cœur de ce système de tractations en coulisses attirant la convoitise d’une myriade d’intermédiaires aux statuts plus ou moins flous (agents, conseillers, avocats, entourage familial, etc.) et bien éloigné de la pureté des rêves des gamins amoureux du ballon rond, que la réalisatrice française Camille Perton a choisi d’immerger son premier long métrage de fiction, Les Arènes, projeté en première internationale au programme Bright Future au 54e IFFR.
"Il y a des enjeux que vous ne maîtrisez pas." Brahim (Iliès Kadri) a 18 ans et une qualité d’attaquant très bien identifiée au centre de formation de l’Olympique Lyonnais, mais la pression monte : il faut signer son premier contrat professionnel. Managé par son affectueux et sympathique cousin Mehdi (Sofian Khammes), le jeune homme, sous le masque d’une assurance laconique, se pose beaucoup de questions sur son avenir immédiat. Des interrogations attisées par la hauteur des sommes en discussions (entre 350 000 et 700 000 euros de salaire annuel éventuel et de 1 à 2 M€ de prime à la signature) qui glissent vers une angoisse sourde quand son club formateur lui préfère un coéquipier conseillé par Francis (Edgar Ramirez), un intermédiaire colombien semblant maîtriser toutes les arcanes occultes du marché des transferts et tissant méthodiquement sa toile pour mettre la main sur Brahim… Quel choix fera ce dernier ? Tournera-t-il le dos à Mehdi ? Prendra-t-il la meilleure décision sportive pour son futur de footballeur ? Cèdera-t-il aux sirènes sur un échiquier dangereux, entre mensonges et faux-semblants, dont il découvre progressivement les règles et les raccourcis ?
Laissant les terrains totalement hors champ pour privilégier les vestiaires, les voitures, les restaurants, les boîtes de nuit et les yachts, Camille Perton (qui a écrit le scénario) explore l’envers du décor du football professionnel sans toutefois le traiter sur un mode hyper-réaliste. La cinéaste injecte en effet une ambiance de film noir, un climat imperceptiblement menaçant dans le sillage du prédateur Francis, entre pouvoir et désir, et dans un univers capitaliste exacerbé ("vous me voulez ? C’est mon prix") où les tests et la concurrence (parfois faussée) ne s‘embarrassent pas de sentiments. Une arène cachée et un petit théâtre d’ombres patinés par la photographie signée Martin Roux et qui façonnent un film à la fois simple et singulier, comme un conte moderne au croisement de la convoitise du luxe (et de l’ascension sociale) et de l’innocence pervertie de l’âme.
Les Arènes a été produit par Les Films du Bal et coproduit par Auvergne Rhône-Alpes Cinéma. La sortie française sera assurée le 7 mai prochain par The Jokers et les ventes sont pilotées par Memento International.
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